Lay up
Extrait de NEW HAVEN: Il faut un village pour guérir une âme
Je suis en mode rédaction de mon manuscrit ce weekend (et profiter du beau temps). Alors voici un autre petit extrait dans toute son imperfection de premier jet. Une partie de basket entre un père et sa fille, mais bien plus qu’une simple partie!
Jean-Philippe vit Emma du coin de l’œil qui sortait de la maison, ballon de basketball dans les bras. Il lui envoya un sourire. Elle lui renvoya un demi-sourire, ce qui était déjà beaucoup de sa part. Elle s’intalla près du panier et commença à s’exercer. Jean-Philippe s’approcha et prit le rebond qui venait en sa direction.
Je peux? Demanda-t-il afin de pouvoir partager ce moment avec elle.
Elle acquiesça en silence mais en-dedans une fine lueur gisa, un moment trop rare avec son père. Elle lui en a voulu, elle lui en veut toujours mais elle l’aime et l’aimera toujours. En son for intérieur, elle savait que cet incident était une injustice de la vie. Que des milliers voire des millions de personnes posent ce genre de gestes anodins, une distraction mais qui, pour eux, la vie continue sans fatalité. Pour son père, la grande faucheuse lui a subtilisé ce qu’il avait de plus précieux. Trop cher payer le prix, putain! se disait-elle! Lui qui fut toujours si dévoué pour sa sœur et elle. Son petit papa d’amour n’était plus l’ombre de lui-même et elle non plus! Fort probablement que si sa sœur les voyait, elle serait la première à leur botter le derrière afin de les replacer sur leurs rails.
Jean-Philippe se mit à dribbler un peu avec le ballon tout en réprimant une envie de pleurer de joie à l’idée de passer un moment léger avec sa fille, de chevaucher le canyon qui les séparait depuis trop longtemps. Fallait pas dramatiser non plus mais il s’accroche tout de même à chaque petit moment, chaque sourire, chaque petit indice laissant présager que sa fille s’accroche à la vie mais surtout à l’envie de vivre. Il s’élança doucement pour lancer le ballon en direction du filet. Zut! raté! mais contrairement à sa version de lui-même en provenance d’un vie qui n’est plus la sienne, il s’en balançait. Il venait de gagner. Sa fille roula des yeux devant le peu de talent de son père ce qui eût pour effet de le piquer dans son orgueil mais surtout il n’allait pas laisser ce manque de talent briser ce moment.
Ah ouin? fit-il en boutade. Partie de 21!
Pfff! répliqua-t-elle. Je vais t’éclater!
Des paroles! prit-il la peine de lui répondre
Elle se souvenue de cette réplique qu’il lui disait ad-nauseam quand ils jouaient ensemble. Plus jeune à ce moment-là, il faisait semblant de jouer le plus sérieusement du monde mais en fait, il se mettait à son niveau, juste assez intensément pour la pousser au-delà de ses limites tout en ne rentant pas la game hors d’atteinte. C’était ça, son père, son roc! La pousser toujours plus loin, toujours plus haut avec une petite dose de connivence.
Elle traça une ligne avec son pied sur le fin gravier pour bien marquer l’endroit où s’exercer au tir. Elle le plaça à bonne distance sachant très bien que son tir était bien plus précis que celui de son père. Elle se concentra, dribbla attentivement. Pris le ballon entre ses mains en le positionnant tel un sniper en direction du panier. Elle lança le ballon avec une hauteur déconcertante. Juste avec la manière dont le ballon quitta ses mains elle savait que c’était dans la poche. Un peu à la manière de Steph Curry et question de faire rager un peu plus son père, elle fit dos au cerceau afin de lui démontrer qu’elle savait que c’était dans la poche.
Ice break! se contenta-t-elle de dire une fraction de seconde avant que le ballon rentre dans le panier avec une confiance déconcertante.
Laurent avait un sourire en coin! 100% sa fille ça! L’arrogance et la confiance de cette ancienne première de classe à qui tout réussissait! Cette défiance et cet esprit compétitif, elle ne le tenait pas des voisins. Un test d’ADN était inutile, tout le portrait de son père. Probablement pour cette raison que les tensions ne s’étaient estompées depuis. Alice était un fil de soie alors qu’Emma était un crin, quiconque s’y frottait, s’y piquait. De piqûres, il était en couvert et elle aussi d’ailleurs.
2-0! fit-elle avec la même défiance. Cette fronde l’extirpa de ses pensées.
Cibole! grinça-t-il avec une fausse moue en jouant le jeu. Dis-le si tu veux jouer toute seule?
Elle s’élança avec confiance. Le ballon fit le tour du cerceau pour finalement tomber à l’extérieur.
Fuck! Maugréa-elle. Tellement proche!
Mon tour! Fit-il avec satisfaction.
Il s’élança et réussit cette fois!
Ice break! Dit-il sur un air moqueur!
De la chance! Ajouta-t-elle du tac-au-tac.
Check ben ça! Et il fit sa motion. Raté!
Tu vois? T’es naze!
Ils jouèrent ainsi pendant une bonne heure et le verdict était sans appel, Emma gagna haut la main les trois parties de vingt-et-un. À la fin, ils se firent un hi-five bien senti avec probablement le premier sourire complice en deux ans.
On se refait ça bientôt, Emma! dit Jean-Philippe attendri par ce rare moment.
Pratique-toi d’ici là parce que ça fait dur ton affaire! Pis en même temps ça te feras pas de tort un peu d’exercice lui dit-elle en lui donnant un coup au ventre question de lui démontrer que ce dernier n’était plus aussi ferme qu’avant.
Ouch! ça fait mal mais elle n’avait pas tort se disait-il. Il avait l’air d’un champ de ruine! Il souhaitait que sa fille prenne plus soin d’elle mais était-il là pour montrer l’exemple? Pas du tout, même au contraire. Il avait été une vraie loque humaine qui se vautrait dans son désespoir. Un désespoir qu’il avait-il sans doute fait le tour.

